Une expérience randomisée menée auprès de 2 034 élèves montre qu'une information simple sur leur rang scolaire réel réduit fortement les écarts sociaux et de genre d'admission en CPGE.
Deux élèves avec les mêmes notes ne formulent pas forcément les mêmes vœux. Celui qui pense être moins bon qu’il ne l’est évite plus facilement une prépa ou une formation sélective. Une expérience française montre qu’une information très simple peut corriger une grande partie de cet écart.
En 2021, trois chercheurs ont suivi 2 034 élèves de terminale pendant les trois semaines précédant la date limite des vœux Parcoursup. Ils ont comparé le rang que chaque élève pensait occuper dans la distribution nationale des moyennes à son rang réel, puis relié cette information à ses candidatures et à ses admissions.
Le problème n’est pas seulement la note, mais la façon de se situer
Parmi les meilleurs élèves, les filles et les jeunes d’origine sociale défavorisée sous-estimaient davantage leur position que les garçons et les élèves favorisés.
Chez les élèves ayant plus de 16 de moyenne, les filles se situaient en moyenne 8,3 rangs centiles plus bas que les garçons. Autrement dit, à très bon niveau scolaire, elles pensaient qu’une part plus importante des autres élèves les dépassait.
Cette perception avait un effet concret. À moyenne comparable, les élèves qui se sous-estimaient candidataient à des formations moins sélectives et moins souvent en CPGE.
L’expérience : montrer le rang réel avant les vœux
Les chercheurs ont tiré au sort les élèves qui recevraient l’information. Le groupe traité voyait sa position réelle dans la distribution nationale des moyennes, en plus de la position qu’il avait estimée.
Ce protocole randomisé est important : il permet d’attribuer la différence observée à l’information reçue, et pas seulement de constater une corrélation entre confiance et ambition.
Parmi les meilleurs élèves, l’intervention :
- a comblé 95 % de l’écart initial d’admission en CPGE entre élèves d’origine sociale favorisée et défavorisée ;
- a réduit de 72 % l’écart d’admission entre filles et garçons ;
- a annulé, à moyenne donnée, le rôle de la confiance mal calibrée dans les choix d’orientation.
Ces résultats ne signifient pas que chaque élève gagne 95 % de chances d’entrer en prépa. Ils mesurent la réduction d’un écart entre groupes, dans le sous-groupe des meilleurs élèves de l’expérience.
Ce que l’étude recommande formation par formation
Les auteurs ne s’arrêtent pas au rang national. Ils proposent aussi de montrer, pour chaque formation, les 25e et 75e centiles des moyennes des admis précédents. L’idée est simple : indiquer la zone dans laquelle se trouvait la moitié centrale des admis.
C’est utile parce qu’un même rang national n’ouvre pas les mêmes portes partout. Une moyenne élevée peut être très au-dessus du profil habituel dans une formation et ordinaire dans une autre.
Le simulateur Wakatépé suit cette logique prudente : il te situe face au profil des admis de la formation, à partir des données officielles Parcoursup sur la moyenne, le type de bac et les spécialités. Il ne transforme pas cette comparaison en probabilité personnelle inventée.
Ce que nos données ne permettent pas de dire
Les profils que nous récupérons décrivent les admis d’une formation. Ils ne constituent pas la distribution nationale de tous les élèves de terminale.
Nous ne pouvons donc pas prendre ces profils, les agréger et annoncer honnêtement : « avec 14,5, tu es dans les X % meilleurs élèves de France ». Les mêmes candidats apparaissent dans plusieurs formations, les populations sont sélectionnées et les effectifs nécessaires à une pondération nationale complète ne sont pas disponibles.
Pour ajouter un rang national à Wakatépé, il faudrait une distribution externe représentative et documentée des moyennes de terminale. Tant que cette source manque, le produit restera au niveau qu’il sait justifier : la comparaison formation par formation.
Comment utiliser ce résultat pour tes vœux
- Ne confonds pas ta moyenne avec la perception que tu en as.
- Compare ton profil à celui des admis de chaque formation, pas à une idée vague du « niveau prépa » ou du « niveau BUT ».
- Garde des vœux ambitieux si ton profil se situe dans la zone observée, même si tu doutes.
- Équilibre ces vœux avec des choix cibles et sécurisés au lieu de t’autocensurer.
Méthodologie et limites
Source : Camille Terrier, Rustamdjan Hakimov et Renke Schmacker, note IPP n° 93, « Confiance en soi et choix d’orientation sur Parcoursup », juillet 2023.
L’enquête porte sur 2 034 bacheliers généraux inscrits sur Parcoursup en 2021 et recrutés par annonces sur les réseaux sociaux. Les auteurs documentent une bonne représentativité sur les mentions, la géographie et les candidatures en CPGE, avec quelques écarts de composition qu’ils discutent. Les résultats à 95 % et 72 % concernent les meilleurs élèves et la réduction d’écarts entre groupes. Ils ne doivent être généralisés ni à tous les candidats, ni à toutes les formations, ni à toutes les années sans nouvelle évaluation.